À Arles, Marc-Antoine Barrois donne une image au parfum

Pour ma première fois aux Rencontres d’Arles, je pensais venir regarder des photographies. Avec l’exposition 10 ans après B683, Marc-Antoine Barrois m’a rappelé autre chose : certaines images ne montrent pas seulement ce que l’on voit. Elles révèlent ce qui demeure.


Il y a des villes qui ralentissent le regard. Arles fait partie de celles-là. On y arrive avec un programme, des expositions à voir, des noms à retenir, puis quelque chose se déplace. La lumière prend le dessus. Les rues imposent leur rythme. Les images cessent d’être seulement des images : elles deviennent des présences.

Image 1 : © Lucile Boiron – Image 2 © Léa Boeglin – Image 3 © Julien Liénard – Image 4 © Fabian Frinzel

Pour ma première fois aux Rencontres d’Arles, je pensais venir traverser un festival. J’ai compris assez vite que l’expérience était ailleurs. Dans cette manière de marcher plus lentement. D’entrer dans une pièce sans chercher immédiatement à tout comprendre. De laisser une photographie agir avant de la commenter.

© Clément Boudet

C’est dans cet état que j’ai découvert MARC-ANTOINE BARROIS 10 ANS APRÈS B683, A COLLECTIVE PHOTOGRAPHICAL WORK ABOUT PERFUMES AT HOMES, présenté dans le cadre du Festival OFF d’Arles 2026.

Orchestrée avec Stéphane Durand, directeur de la photo du magazine Envols, l’exposition réunit 72 photographes internationaux autour d’une consigne simple : faire apparaître un flacon. De cette contrainte naissent 164 images, comme autant de fragments d’intérieurs, de gestes, de lumières et de présences.

© Clément Boudet

Ce qui touche ici, c’est précisément l’impossibilité du sujet. Comment photographier un parfum ?
Comment donner une image à quelque chose qui vit dans l’air, sur la peau, dans la mémoire ?
Comment rendre visible ce qui, par nature, échappe ?

© Clément Boudet

Marc-Antoine Barrois ne répond pas frontalement. Il laisse les images ouvrir des pistes. Un flacon posé dans une chambre. Une nature morte. Une table. Une fenêtre. Un objet familier. Rien ne semble spectaculaire, et pourtant tout raconte une forme d’intimité.

© Clément Boudet

Le parfum n’est plus seulement présenté comme un produit. Il devient un témoin. Une trace. Une architecture invisible autour de celles et ceux qui le portent.


À Arles, cela prend un sens particulier. La ville elle-même semble composée de couches, de silences, de passages. Rien n’y est complètement neuf. Tout y porte déjà une mémoire. Dans ce décor, les flacons de Marc-Antoine Barrois ne cherchent pas à séduire. Ils habitent.

© Clément Boudet

Il y a dans cette exposition quelque chose de très juste pour notre époque : une invitation à ralentir. À regarder autrement. À accepter que certaines choses ne se livrent pas immédiatement.

© Clément Boudet

Pour SLG+, c’est sans doute là que le sujet devient essentiel. Parce qu’il ne parle pas seulement de parfum ou de photographie. Il parle de ce qui reste après le passage : une odeur, une image, un souvenir, une présence.

© Clément Boudet

En sortant de l’exposition, je n’avais pas l’impression d’avoir vu une célébration de marque. J’avais plutôt traversé une cartographie intime. Des maisons invisibles. Des fragments de vies. Des parfums devenus images, non pas pour expliquer ce qu’ils sentent, mais pour montrer ce qu’ils laissent.

© Clément Boudet

Marc-Antoine Barrois 10 ans après B683, A Collective Photographical Work About Perfumes at Homes est présentée jusqu’au 30 août 2026 à La Maison Close, 14 passage Robert Doisneau, à Arles.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.