10 hôtels design où voir le monde autrement en 2026

Les nouveaux hôtels les plus intéressants ne se contentent plus d’accumuler le marbre, les mètres carrés et les piscines avec vue. Ils construisent un récit. Certains réveillent un bâtiment abandonné. D’autres font entrer l’art, la nuit, l’artisanat ou la mémoire locale dans chaque pièce. Tous proposent une identité suffisamment précise pour que le séjour commence avant même d’avoir posé sa valise.

Parmi les ouvertures internationales réunies par Wallpaper*, SLG+ a retenu dix nouveaux hôtels design de 2026. Ce n’est pas un classement du plus spectaculaire ou du plus luxueux. C’est une cartographie subjective de lieux où l’architecture dialogue avec la culture visuelle, où l’hospitalité devient une expérience et où le décor possède quelque chose à raconter.Car on ne réserve plus seulement une chambre. On choisit une lumière, un rythme, une manière de traverser une ville ou de disparaître quelques jours du paysage.


1. Nômade Temple Madrid — la Gran Vía après minuit

Nômade Temple Madrid sur la Gran Vía en 2026

Nômade Temple Madrid, Calle Gran Vía 11, Madrid

Sur la Gran Vía, l’ancien Hotel de las Letras ne revient pas simplement avec un nouveau nom. Il change de rythme. Derrière sa façade du début du XXe siècle, Nômade Temple Madrid réunit 85 chambres et suites, dont deux penthouses, dans un décor composé de rouges passés par le soleil, de motifs géométriques, de pierre, de laiton et de lumières basses.

Mais l’adresse devient vraiment intéressante lorsqu’elle sort de ses chambres. Monopol fonctionne comme un laboratoire culturel ouvert à la ville, entre expositions, performances, concerts et sessions d’écoute. Plus tard, Say No More prend le relais et traite la culture club comme un langage contemporain. À l’occasion de la Pride 2026, l’hôtel a notamment présenté une exposition consacrée au nu masculin, au désir et à l’identité dans l’œuvre de Pablo Pérez-Mínguez.

Ici, dormir n’est qu’une partie du programme. Le reste se passe dans l’image, la musique et la rencontre.

2. HOSHINOYA Nara Prison — passer la nuit face à la liberté

Anciennes cellules en briques transformées en suite à HOSHINOYA Nara Prison

HOSHINOYA Nara Prison, 18 Hannyaji-cho, Nara

Construite en 1908, l’ancienne prison de Nara est l’un des grands témoins de l’architecture pénitentiaire de l’ère Meiji. Ses murs de briques rouges, ses cinq ailes rayonnant autour d’une tour de surveillance et ses cellules ont été préservés, puis transformés par l’architecte Rie Azuma pour accueillir HOSHINOYA Nara Prison, ouvert le 25 juin 2026.

Les 48 suites réunissent chacune plusieurs anciennes cellules. Les traces de l’enfermement restent visibles, mais rencontrent désormais des matières contemporaines et une forme de calme presque irréelle. Dans le musée voisin, une exposition interroge la liberté à l’intérieur même d’un lieu construit pour la retirer.

La reconversion aurait pu devenir un simple exercice de contraste. Elle choisit quelque chose de plus inconfortable et de plus juste : conserver la mémoire du bâtiment tout en lui donnant un nouvel usage.

3. The Dean Munich — le Jugendstil rencontre la culture club

Chambre de The Dean Munich entre velours, chrome et inspiration new wave

The Dean Munich, Landsberger Str. 68, Munich

À Munich, un ancien bloc hôtelier des années 1970 devient un terrain de collision. Imaginé par Tatjana von Stein, The Dean Munich mélange les courbes du Jugendstil, la brillance des années 1980 et l’énergie nocturne d’une ville souvent réduite à ses cartes postales bavaroises.

La laque brillante se heurte au bois de ronce. Le velours rencontre le chrome poli. Un œil monumental veille sur le lobby comme le fragment d’un décor new wave. Les 281 chambres prolongent cette tension, tandis que le restaurant japonais Ibasho, les bars et un speakeasy dissimulé déplacent progressivement l’hôtel du jour vers la nuit.

Installé dans le Westend, entre ateliers, studios créatifs et cafés indépendants, The Dean ne cherche pas à représenter tout Munich. Il choisit sa fréquence.

4. Casa Cedo, Porto — huit chambres et beaucoup d’attention

Intérieur de Casa Cedo à Porto avec mobilier et céramiques réalisés localement

Casa Cedo, Rua de Cedofeita 334-338, Porto

À Porto, Casa Cedo préfère l’échelle intime au grand geste. Huit chambres seulement, installées dans une maison de Cedofeita où Daniela Franceschini et Quiet Studios ont travaillé avec des artisans et des artistes locaux pour donner à chaque espace une présence particulière.

Les céramiques, le mobilier réalisé sur mesure, les œuvres de Juliana Julieta et les interventions d’Ayala Braidman composent un intérieur qui semble collectionné plutôt que décoré. Au rez-de-chaussée, la réception se transforme en petit cabinet où se rencontrent fleurs fraîches, café, objets et parfums Byredo. Un jardin, un toit-terrasse et une table commune prolongent l’idée d’une maison ouverte.

Casa Cedo rappelle qu’un hôtel peut créer une identité sans hausser la voix. Quelques chambres, des objets choisis avec précision et suffisamment de temps pour les regarder.

5. Soori Penang — revenir dans la maison de son enfance

Cour intérieure de Soori Penang dans les shophouses restaurées de George Town

Soori Penang, 48 Lebuh Aceh, George Town

À George Town, Soori Penang porte une histoire personnelle. L’architecte Soo K. Chan a grandi dans les shophouses qui accueillent aujourd’hui l’hôtel, au cœur du quartier historique classé par l’Unesco. Son projet réunit quinze maisons restaurées et treize suites autour d’une lecture contemporaine de la mémoire familiale et de l’héritage de Penang.

Les volets à claire-voie, la pierre sculptée, les lanternes d’onyx et les motifs inspirés du temple Khoo Kongsi ne sont pas utilisés comme un répertoire exotique. Ils prolongent les gestes, les matières et les formes du lieu. Des cours intérieures et des bassins réfléchissants apportent le silence nécessaire entre les rues denses de George Town.

Soori Penang ne transforme pas l’enfance en décor. Il en fait une architecture à transmettre.

6. Luura – Cliff, Paros — l’île comme collection d’art

Suite de Luura Cliff à Paros ouverte sur la mer Égée

Luura – Cliff, Agia Eirini, Paros

À Paros, Luura – Cliff choisit le bord de mer sans céder à l’uniforme blanc et bleu des hôtels cycladiques. L’architecture d’Elastic Architects et les intérieurs de Lambs and Lions travaillent avec la pierre locale, les teintes de terre et la lumière de l’Égée pour composer un refuge réservé aux adultes.

Les 40 suites, certaines avec piscine privée, s’accompagnent d’une collection d’art mêlant commandes conçues pour le lieu et œuvres de Sofia Mitsola, Kostas Paniaras, Judith Hopf ou Chantal Joffe. La chapelle, les restaurants et les espaces de repos laissent l’art circuler sans transformer l’hôtel en galerie silencieuse.

Luura propose une lenteur qui n’est jamais vide. On vient pour la mer. On reste aussi pour les formes, les œuvres et la manière dont elles modifient le regard.

7. Conrad Athens The Ilisian — le modernisme reprend vie

Chambre du Conrad Athens avec vue sur la ville

Conrad Athens The Ilisian, Leof. Vasilissis Sofias 46, Athènes

Lorsque le Hilton Athens ouvre en 1963, son architecture moderniste devient immédiatement un symbole de la capitale grecque. Plus de soixante ans plus tard, le bâtiment revient sous le nom de Conrad Athens The Ilisian, avec la volonté de préserver cette mémoire plutôt que de l’effacer.

La façade monumentale en marbre conçue par l’artiste Yannis Moralis reste l’un des signes les plus puissants du lieu. À l’intérieur, AvroKO fait dialoguer du mobilier retrouvé dans les archives avec des lignes contemporaines et des œuvres pop. Le Galaxy, premier rooftop bar d’Athènes, reprend lui aussi sa place au-dessus de la ville.

Cette renaissance ne cherche pas à rendre le passé plus lisse. Elle rappelle qu’un bâtiment peut continuer à être moderne lorsqu’il accepte de montrer le temps qui l’a traversé.

8. Delano Miami Beach — une icône ne disparaît jamais vraiment

Restaurant du Delano Miami Beach rénové

Delano Miami Beach, 1685 Collins Avenue, Miami Beach

Il existe des hôtels qui deviennent plus grands que leur adresse. Ouverte en 1948, la tour du Delano Miami Beachappartient depuis longtemps à l’imaginaire de South Beach. Sa nouvelle transformation, menée par Elastic, conserve cette aura tout en lui donnant une surface plus lumineuse, plus tactile et plus contemporaine.

Dans les chambres, le bois clair, les lignes en chevron et les grandes fenêtres tournées vers l’océan calment le rythme. Au restaurant Gigi Rigolatto, Hugo Toro compose un décor de plâtre strié, de panneaux sculptés et de marbre jaune de Sienne. Plus haut, Mimi Kakushi réinterprète l’énergie de l’Osaka des années 1920 et du mouvement Mavo.

Le Delano revient avec ce que les véritables icônes savent faire : reconnaître leur propre mythe, puis le déplacer légèrement.

9. Chesa Marchetta — dormir dans une collection

Chambre boisée de Chesa Marchetta dans la vallée de l’Engadine

Chesa Marchetta, Via da Marias 88, Sils Maria

À Sils Maria, dans la vallée de l’Engadine, Chesa Marchetta réunit quatre bâtiments historiques remontant au XVIe siècle. Le projet appartient à Artfarm, fondé par Manuela et Iwan Wirth, également à l’origine de la galerie Hauser & Wirth. Autant dire que l’art n’y intervient pas comme une décoration ajoutée à la dernière minute.

Luis Laplace a travaillé avec les boiseries d’arolle, le mobilier traditionnel, la pierre et les couvertures d’un atelier de tissage voisin. Dans les treize chambres, les œuvres de maîtres anciens rencontrent des artistes locaux et les peintures murales de Corin Sands. Une ancienne grange accueille le restaurant sous ses poutres apparentes.

Chesa Marchetta ne ressemble pas à un musée où l’on aurait posé des lits. C’est une maison où l’art accepte enfin d’être vécu.

10. The Baby Grand, Coronado — l’excès comme paysage

Chambre maximaliste de The Baby Grand avec tête de lit coquillage

The Baby Grand, 1315 Orange Avenue, Coronado

En Californie, The Baby Grand tourne le dos aux intérieurs couleur sable et au minimalisme côtier. Le studio Post Company imagine un monde à mi-chemin entre une jungle abandonnée, une fantaisie sous-marine et un décor découvert après plusieurs décennies de sommeil.

Les 31 chambres associent têtes de lit en forme de coquillage irisé, miroirs surdimensionnés, motifs végétaux et imprimés léopard. À l’extérieur, les plantations envahissent des formations rocheuses et une cascade. Derrière une statue se cache Fallen Empire, un bar intime consacré aux huîtres, aux produits de la mer et au champagne. Night Hawk installe, lui, sa cuisine au feu dans un paysage presque archéologique.

Tout pourrait être trop. C’est précisément ce qui rend le lieu intéressant. The Baby Grand ne cherche pas le bon goût consensuel. Il construit un univers et nous invite à nous y perdre.


L’hôtel comme récit temporaire

Ces dix adresses ne partagent ni la même échelle, ni le même climat, ni la même définition du luxe. Certaines occupent treize chambres, d’autres plusieurs centaines. Elles se trouvent dans une prison, une maison de famille, un palais moderniste ou derrière une jungle entièrement reconstruite.

Ce qui les rapproche est ailleurs. Chacune considère l’hôtel comme un médium : une manière de raconter un bâtiment, une ville, une mémoire ou une communauté. On n’y vient plus seulement pour dormir entre deux déplacements. On entre dans une image, on suit un récit et, pendant quelques nuits, on accepte d’en faire partie.

Puis on repart.

Avec une autre façon de regarder le monde.

Salut les Garçons

SLG+ est une publication de culture visuelle.
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