Anrealage SS27 et le désir de changer de peau

À Paris, Kunihiko Morinaga fait du vêtement une surface capable de se réécrire. Avec SKIN, Anrealage explore la mue, la persistance de soi et cette envie très humaine de recommencer.

Le 29 septembre 2026, à la Maison de la Radio et de la Musique, Anrealage présentait SKIN, sa collection printemps-été 2027. Pour sa vingt-cinquième présentation parisienne, Kunihiko Morinaga choisit de regarder le vêtement comme une peau que l’on pourrait renouveler. De la combinaison près du corps aux robes dont les couleurs se transforment, une question accompagne cette évolution : que reste-t-il de nous lorsque notre apparence change ?

Mannequin en combinaison ajustée taupe sur le podium du défilé Anrealage printemps-été 2027 à Paris.

Nous connaissons ce désir de nous retrouver autrement dans le miroir. Une veste modifie notre maintien. Une couleur nous donne une assurance que nous n’avions pas au réveil. Le vêtement accompagne ces petits déplacements intérieurs, parfois avant que nous sachions les nommer. Morinaga donne une forme tangible à cette intuition : une même surface peut accueillir plusieurs états, tout en laissant celui qui la porte poursuivre son histoire.

Mannequin en combinaison ajustée turquoise sur le podium du défilé Anrealage printemps-été 2027 à Paris.

Après GHOST, la collection précédente consacrée à la disparition, le créateur s’attache ici au cycle de la vie. Son point de départ est le phénix du manga d’Osamu Tezuka, cet oiseau qui renaît de ses cendres. L’Oiseau de feu de Stravinsky accompagne le défilé. Ces deux références font du recommencement le mouvement même de la collection.

Les premières silhouettes épousent le corps dans des combinaisons d’un seul tenant. Des détails de tailoring, des volumes de manteaux et de robes s’y trouvent réunis. À leur surface, les motifs passent de l’organique au langage pixelisé des jeux vidéo. Les costumes en trompe-l’œil évoquent les skins des avatars, ces apparences que l’on choisit et que l’on remplace à l’écran. Le corps réel devient le lieu de rencontre entre ces deux façons d’habiter une image.

Silhouette bleu marine aux motifs évoquant une armure de jeu vidéo, collection SKIN d’Anrealage printemps-été 2027.

Puis les surfaces se construisent par écailles. Le papier japonais washi côtoie l’Ultrasuede, tandis que des sequins translucides suggèrent une peau qui se détache. Des écailles imprimées en trois dimensions par SEKISAI changent d’apparence selon la lumière et l’angle du regard, sans électricité. Le mouvement du corps suffit alors à modifier ce que l’on voit. Le vêtement prend une part active dans notre perception de la silhouette.

Anrealage SS2027

La transformation atteint une autre échelle avec six robes de cocktail et du soir, conçues comme des armures. Chacune porte entre 1 000 et 2 000 écailles de papier électronique E Ink, commandées individuellement. Leur couleur change sans qu’elles émettent de lumière. Les teintes vives se retirent vers un gris cendre, puis de nouveaux motifs apparaissent. À la surface d’une même pièce, un dessin s’efface pour laisser place au suivant. Le phénix trouve ici sa traduction matérielle.

Robe à motifs géométriques jaunes et bleus portée sur le podium du défilé Anrealage printemps-été 2027.

Ce passage d’un état à l’autre déplace notre rapport au vêtement : son apparence peut évoluer après sa fabrication. La collection permet d’imaginer une pièce à laquelle on reviendrait pour y découvrir une nouvelle possibilité. Ce que ces dispositifs pourraient devenir dans un vestiaire quotidien reste une question ouverte, mais le désir qu’ils mettent en scène nous est déjà familier.

Le final prolonge cette recherche avec une peau numérique à LED, reprise de la saison précédente. Le corps devient lumineux. Dans le texte qui accompagne SKIN, Morinaga imagine aussi des vêtements destinés à des êtres, comme les humanoïdes, susceptibles de nous survivre. Il leur donne le nom de « troisième peau ». Cette hypothèse ouvre la collection à d’autres corps et à d’autres durées de vie.

Deux silhouettes aux surfaces lumineuses multicolores se détachent sur un fond sombre lors du final Anrealage printemps-été 2027.

À travers ces mutations, SKIN laisse affleurer une pensée intime : nous pouvons changer ce que nous montrons tout en gardant le fil de notre histoire. Une couleur s’efface, une autre revient. Le corps, lui, continue d’avancer.

Photographies : Koji Hirano / Courtesy of ANREALAGE

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