Brunello Cucinelli, une maison en trois actes
À Paris, l’ouverture d’un flagship, la projection d’un film et un dîner ont composé les trois mouvements d’une même soirée. Une façon, pour Brunello Cucinelli, de déplacer la relation entre une maison et son public vers le cinéma, la transmission et l’hospitalité.
Une boutique, une salle obscure, une table.
Le 3 septembre 2026, Brunello Cucinelli a inauguré son nouveau flagship au 277 rue Saint-Honoré à Paris. La soirée s’est poursuivie au Trianon avec la projection de Brunello, L’Aimable Visionnaire, réalisé par Giuseppe Tornatore sur une musique originale de Nicola Piovani, puis avec un dîner à l’Élysée Montmartre.
Trois lieux et trois manières de raconter une maison : par l’espace que l’on habite, les images que l’on partage et les personnes que l’on rassemble.
Crédit photo : Stefano Schirato
Un récit de soi confié au cinéma
Réalisé par Giuseppe Tornatore, Brunello, L’Aimable Visionnaire échappe volontairement aux catégories habituelles. Ni tout à fait documentaire, ni véritable fiction, ni simple film de commande, il entremêle archives, témoignages, souvenirs personnels et scènes reconstituées. Saul Nanni y incarne Brunello Cucinelli adulte, tandis que plusieurs interprètes prêtent leurs visages aux différents âges de sa vie.
Le film remonte à l’enfance rurale du créateur, à la dureté du travail observée auprès de son père, puis à la naissance d’une intuition devenue fondatrice : imaginer une entreprise capable de concilier création, prospérité et dignité humaine.
Crédit photo : Stefano Schirato
Tornatore ne filme donc pas seulement l’ascension d’un entrepreneur. Il met en scène la construction d’un monde.
La musique originale de Nicola Piovani accompagne ce mouvement comme une mémoire parallèle. Le compositeur de La vie est belle et le réalisateur de Cinema Paradiso partagent une même sensibilité pour les vies racontées à travers les lieux, les gestes et les traces laissées par le temps. Leur présence donne au parcours de Cucinelli la forme d’un récit italien plus vaste, traversé par la famille, le territoire et la transmission.
Crédit photo : Stefano Schirato
Le vêtement comme fragment d’une pensée
Le cachemire coloré, avec lequel Brunello Cucinelli commence son histoire en 1978, n’apparaît finalement que comme le premier geste d’un projet beaucoup plus ample.
À Solomeo, village ombrien devenu le centre symbolique de la maison, l’entreprise dialogue avec l’architecture, le paysage, le théâtre, l’artisanat et la philosophie. Château restauré, école des métiers, théâtre, parcs et future bibliothèque universelle composent les fragments d’une même vision : celle d’une beauté qui ne serait pas seulement décorative, mais porteuse de responsabilité.
Cette pensée s’inspire autant des philosophes grecs que de William Morris et John Ruskin, pour qui les objets, les bâtiments et les savoir-faire conservent quelque chose de ceux qui les ont créés. Chez Cucinelli, le vêtement appartient à cette continuité. Il n’est pas uniquement destiné à être désiré ou porté : il doit témoigner d’un temps, d’une main et d’une certaine conception du travail.
Le film en propose naturellement une représentation construite, parfois idéale. Il ne s’agit pas d’une enquête, mais d’un récit de soi confié au regard d’un cinéaste. Pourtant, la question qu’il soulève dépasse la seule histoire de la marque : que peut encore transmettre une entreprise, au-delà de ses produits ?
De Solomeo à la rue Saint-Honoré
À Paris, la nouvelle boutique matérialise cette volonté de faire entrer un territoire dans un autre.
L’adresse de la rue Saint-Honoré n’est pas Solomeo, et ne cherche pas à l’être. Elle en devient plutôt un seuil parisien : un lieu où la philosophie de la maison rencontre le rythme, les usages et l’histoire d’une autre ville.
La projection au Trianon prolongeait cette idée en donnant du temps au récit. Là où la mode fonctionne souvent par saisons, silhouettes et apparitions successives, le cinéma permet de ralentir. Il donne une durée aux vêtements et replace la création dans une biographie, une géographie et une mémoire.
Le dîner à l’Élysée Montmartre en constituait le dernier mouvement. Après le lieu et l’image venait la conversation. Clients, amis et proches de la maison n’étaient plus seulement réunis devant une collection ou autour d’une ouverture, mais invités à partager une histoire avant de la prolonger ensemble.
C’est peut-être là que cette soirée parisienne trouvait son véritable sens. En invitant ses hôtes à entrer successivement dans un espace, un film et un repas, Brunello Cucinelli transformait la relation commerciale en une forme d’appartenance culturelle.
Le vêtement n’était pas absent. Il était simplement replacé à l’intérieur d’un ensemble plus vaste, fait de cinéma, d’architecture, de musique et d’hospitalité.
Rue Saint-Honoré, Brunello Cucinelli a ainsi inauguré davantage qu’un flagship : une nouvelle porte d’entrée vers sa vision de la beauté.