Kim Jones : son retour et sa collaboration avec Aman
Entre le lancement de sa marque éponyme et sa collaboration avec Aman, le créateur britannique explore une nouvelle manière de conjuguer mode, voyage et liberté créative.
Il y a des moments dans une carrière où l’enjeu n’est plus de prendre la direction d’une maison, mais de retrouver la sienne.
Après avoir marqué les collections masculines de Louis Vuitton puis de Dior, avant de diriger les collections féminines et la haute couture de Fendi, Kim Jones ouvre un nouveau chapitre. Le créateur britannique annonce le retour de sa marque éponyme, dont la première collection est attendue en 2027. En parallèle, sa collaboration avec Aman Essentials prolonge son univers dans un territoire où le vêtement dialogue avec l’architecture, le voyage et l’art de vivre.
Deux projets distincts, mais une même question en filigrane : que devient la vision d’un créateur lorsqu’elle n’est plus définie par les frontières d’une grande maison ?
Kim jones, Revenir à son nom
Kim Jones connaît mieux que beaucoup d’autres les mécanismes de la mode contemporaine. Chez Louis Vuitton, où il prend la direction artistique du vestiaire masculin en 2011, il contribue à faire dialoguer le luxe et la culture streetwear. La collaboration avec Supreme en 2017 reste l’un des moments emblématiques de cette rencontre entre deux univers longtemps considérés comme antagonistes.
Chez Dior Men, à partir de 2018, il poursuit cette conversation en faisant coexister les codes historiques de la maison, le tailoring et des références issues de l’art contemporain. Fendi lui offre ensuite un autre terrain d’expression, entre prêt-à-porter féminin et haute couture.
Son parcours dessine une constante : la capacité à faire circuler les idées entre des mondes qui ne se rencontrent pas toujours naturellement.
Le retour de Kim Jones sous son propre nom prend, dans ce contexte, une signification particulière. Il ne s’agit pas simplement de créer une nouvelle marque, mais de reprendre possession d’un territoire créatif personnel. Le designer avait déjà développé une ligne éponyme entre 2003 et 2008, bien avant que son nom ne devienne indissociable des grandes maisons internationales.
Prévue pour l’automne-hiver 2027-2028, cette nouvelle aventure sera menée avec Lucy Beeden, sa collaboratrice de longue date. Le projet doit notamment s'appuyer sur les archives du créateur, tout en proposant un vestiaire polyvalent, ouvert sur différentes catégories et moins contraint par les frontières traditionnelles du marché.
La production sera principalement réalisée au Japon et en Italie. Une première boutique est annoncée à Hong Kong, au sein de Central Yards, pour octobre 2027.
Ce retour aux origines n'a rien d'un exercice nostalgique. Il offre plutôt à Kim Jones la possibilité de réunir, dans un même langage, les différentes dimensions de son travail : le vêtement, la culture, l'art et le design. Après avoir interprété l'identité de maisons historiques, il lui revient désormais de construire la sienne.
Aman : le luxe comme expérience
Cette recherche d'un territoire personnel se prolonge autrement avec Aman Essentials.
Le groupe hôtelier Aman cultive une idée du luxe associée à la discrétion, à l'architecture et à une relation particulière aux paysages. Avec Kim Jones, cet univers quitte les espaces de l'hôtellerie pour prendre forme dans le vestiaire.
La collaboration s'appuie sur une relation ancienne : le créateur a séjourné dans plus de trente établissements Aman. Le projet ne repose donc pas uniquement sur la rencontre entre une signature de mode et une marque de luxe, mais sur une familiarité avec un environnement et une manière de voyager.
La collection Aman x Kim Jones explore un vestiaire conçu pour accompagner différents moments et différents lieux. Pièces décontractées, silhouettes fluides, vêtements fonctionnels et superpositions composent une garde-robe qui cherche à concilier confort et sophistication. Les couleurs évoquent les paysages et les destinations qui ont marqué les voyages du créateur, tandis que les matières et les volumes privilégient la légèreté et la polyvalence.
L'idée n'est pas de concevoir une tenue exclusivement destinée aux vacances, mais de réfléchir à des vêtements capables de circuler entre plusieurs contextes : une retraite au milieu de la nature, une journée en déplacement ou une soirée en ville.
Ce dialogue entre mode et hospitalité témoigne aussi d'une évolution plus large du luxe. L'expérience ne se limite plus à l'objet acheté ou au vêtement porté. Elle englobe les lieux, les sensations et les récits auxquels celui-ci se rattache.
Chez Aman, Kim Jones transpose ainsi son goût pour les références culturelles et le sens du détail dans un univers où le vêtement doit avant tout trouver sa place dans une expérience vécue.
Deux chemins, une même liberté
À première vue, reprendre une marque personnelle et collaborer avec un groupe hôtelier peuvent sembler relever de stratégies opposées. L'une affirme une identité autonome ; l'autre s'inscrit dans un univers déjà constitué.
Pourtant, les deux démarches se rejoignent dans leur manière de déplacer le centre de gravité de la création.
Avec sa marque éponyme, Kim Jones pourra développer une vision qui lui appartient, sans devoir répondre à l'ensemble des codes historiques d'une maison. Avec Aman, il explore les possibilités d'un vestiaire dont la fonction dépasse la représentation et le défilé.
Son parcours rappelle que l'influence d'un créateur ne se mesure pas uniquement au prestige de la maison qu'il dirige. Elle se lit aussi dans sa capacité à faire évoluer son langage, à choisir les contextes dans lesquels il souhaite s'exprimer et à établir des liens entre des univers différents.
La mode contemporaine aime souvent raconter les changements de direction comme une succession de chaises musicales. Le parcours de Kim Jones invite à regarder ailleurs : vers ce qui demeure d'une vision lorsque le cadre institutionnel change.
Son prochain chapitre ne se résume donc ni à un retour ni à une collaboration. Il dessine un espace dans lequel le vêtement, le voyage et la culture peuvent se répondre autrement.
Peut-être est-ce là, aujourd'hui, une autre forme de luxe : non pas multiplier les signes de distinction, mais retrouver la liberté de choisir ce que l'on souhaite vraiment exprimer.