Stone Island explore le hardcore avec The Calm and the Chaos

Avec The Calm and the Chaos, Stone Island entre dans les scènes hardcore et metalcore non pour en emprunter les signes, mais pour observer ce qui les maintient vivantes : la fidélité, la transmission et la force du collectif.

Sur scène, les corps se heurtent. Les voix se brisent contre les murs. La foule devient un seul mouvement, compact, électrique, presque impossible à contenir.

Puis le concert s’arrête.

Il reste les kilomètres parcourus, les chambres provisoires, les répétitions, les vêtements froissés et cette forme particulière de silence que connaissent ceux qui ont passé la nuit dans le bruit. C’est dans cet espace intermédiaire, entre la déflagration et l’attente, que Stone Island inscrit son nouveau projet : The Calm and the Chaos.

Présentée par Stone Island Sound, cette recherche visuelle s’intéresse aux scènes hardcore et metalcore à travers les communautés qui les ont construites et transmises. Le projet ne cherche pas à raconter l’histoire exhaustive d’un genre musical. Il observe plutôt les valeurs qui lui ont permis de rester indépendant : l’authenticité, l’engagement, la loyauté et le sentiment d’appartenir à quelque chose de plus vaste que soi.


De l’intérieur, jamais à distance

Pendant plus de six mois, le photographe et réalisateur Isaac Lamb a voyagé entre l’Europe et l’Amérique du Nord. Il a suivi notamment High Vis, Angel Du$t, Knocked Loose et Haywire 617, photographiant aussi bien l’intensité des performances que les instants plus discrets entre deux concerts, deux répétitions ou deux villes.

Cette durée est essentielle. Elle éloigne le projet du simple exercice de campagne pour le rapprocher d’un travail d’immersion. Isaac Lamb ne regarde pas la scène depuis l’extérieur : il en suit les déplacements, les respirations et les liens.

Le calme et le chaos ne constituent donc pas deux mondes opposés. Ils sont les deux temps d’une même existence. D’un côté, la scène, la collision et l’énergie physique. De l’autre, les trajets, la fatigue, la camaraderie et les heures durant lesquelles une communauté continue d’exister sans public.

L’agressivité apparente laisse alors apparaître une autre réalité : celle d’une culture construite sur la confiance, la vulnérabilité et la présence des autres.

Une histoire de transmission

Le projet trace également un dialogue entre les scènes hardcore britannique et américaine à travers les relations qui unissent plusieurs générations de musiciens.

La rencontre entre Justice Tripp, membre de Trapped Under Ice et Angel Du$t, et Graham Sayle de High Vis devient le point de départ d’une cartographie plus large. Leur échange se prolonge notamment auprès d’Isaac Hale, guitariste de Knocked Loose, et d’Austin Sparkman de Haywire 617.

Ici, l’influence n’est pas pensée comme une succession bien ordonnée. Elle circule entre les villes, les concerts, les amitiés et les vêtements. Chaque génération hérite d’un langage, puis le transforme avant de le transmettre à son tour.

C’est peut-être là que le projet rejoint le plus précisément la culture Stone Island. Depuis ses débuts, la Maison envisage le vêtement comme le résultat d’une recherche continue : une matière expérimentée, éprouvée, portée, altérée par l’usage et rendue presque personnelle par le temps.

Les vêtements comme traces

Les musiciens n’ont pas été habillés pour incarner artificiellement une idée du hardcore. Ils portent un mélange de pièces Stone Island contemporaines et anciennes issues de leurs propres garde-robes, complété par une sélection provenant des archives du collectionneur Archie Maher.

Parmi elles apparaissent une veste réversible Tela Stella de 1987, portée par Graham Sayle, une veste de travail en denim traité datant de 1984, choisie par Justice Tripp, ainsi qu’un bomber Ice Camouflage de 1991, porté par Tommy de Haywire 617.

Ces pièces ne fonctionnent pas comme des accessoires de stylisme. Elles portent déjà leur propre histoire. Elles ont été trouvées, conservées, échangées et intégrées à un vestiaire quotidien bien avant que l’appareil photographique ne soit présent.

Stone Island ne vient donc pas déposer son identité sur une sous-culture. Le projet montre au contraire comment la marque appartient depuis longtemps au langage visuel de cette communauté.

Conçus pour résister au mouvement, aux intempéries et à l’usure, ses vêtements trouvent une place naturelle dans un environnement où les corps sont constamment mis à l’épreuve. La technicité rencontre ici une réalité physique : la chaleur d’une salle, la pluie entre deux concerts, la tension d’une foule et les longues heures passées sur la route.

Du vêtement à l’archive

The Calm and the Chaos prolonge un dialogue déjà engagé avec la scène hardcore. Isaac Hale avait précédemment participé à la campagne Stone Island Automne-Hiver 2025-2026, Community as a Form of Research. Cette nouvelle étape poursuit la relation, notamment à travers la réalisation d’un gilet Stone Island personnalisé.

Le projet doit finalement prendre la forme d’un livre de tournée, annoncé pour septembre 2027. Photographié en noir et blanc sur pellicule 35 mm, l’ouvrage accordera la même attention aux artistes et au public, aux instants de force comme aux moments de fatigue ou de vulnérabilité.

Le livre ne cherchera pas seulement à conserver la mémoire des performances. Il préservera ce qui existe autour d’elles : les regards, les gestes, l’attente et la proximité entre ceux qui jouent et ceux qui viennent écouter.

Car une scène musicale ne survit jamais uniquement grâce à sa musique.

Elle continue à travers les lieux qu’elle occupe, les personnes qui la défendent et les objets qui traversent le temps avec elles. Un disque passé de main en main. Une photographie prise dans une salle trop sombre. Une veste portée pendant des années jusqu’à devenir le témoin silencieux d’une existence.

Dans le chaos, Stone Island photographie le mouvement.

Dans le calme, ce qui demeure.

Photographie et Direction Créative : Isaac Lamb / © Stone Island

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