Barbie et Ken, l’enfance selon Jean-Charles de Castelbajac
Avec deux poupées de collection imaginées en collaboration avec Mattel, Jean-Charles de Castelbajac fait passer son manteau Teddy Bear à une autre échelle. Couleurs primaires, dessins et peluches composent un vestiaire où la mémoire de l’enfance rencontre l’histoire de la mode.
Un manteau couvert de peluches suffit à troubler notre lecture du vêtement. L’objet que l’on serre contre soi devient une présence que l’on porte devant les autres. Avec Barbie et Ken, ce geste de Jean-Charles de Castelbajac se dédouble : un jouet habille désormais deux autres jouets. Le changement d’échelle donne à l’idée une nouvelle force visuelle.
Cette collaboration Barbie Signature, présentée par Mattel Creations, transpose plusieurs signes du créateur sur deux silhouettes miniatures. Le manteau Teddy Bear en constitue le point de rencontre, accompagné de vêtements illustrés qui prolongent son vocabulaire graphique.
Un manteau chargé d’histoire
Imaginé dans les années 1980, le manteau Teddy Bear naît, selon Castelbajac, d’une prise de position contre la fourrure animale. Portée notamment par Diana Ross et Pharrell Williams, cette création réunit une idée, une matière et une image immédiatement reconnaissable. Les ours en peluche y deviennent les éléments d’un vêtement, avec toute la charge affective qu’ils peuvent conserver.
Barbie en porte une version ample, ornée d’ours miniatures dans une palette de couleurs primaires. Sous le manteau, une robe T-shirt à col montant accueille des illustrations dans l’esprit de Castelbajac ; des bottes en denim complètent la silhouette. Le dessin circule sur le corps, tandis que les peluches lui donnent un volume presque sculptural.
Ken et le goût du jeu
Pour Ken, le manteau prend une teinte ivoire. Les petits ours restent présents, associés à un T-shirt illustré, un jean foncé très ample et des baskets blanches. Le denim et les chaussures installent une allure quotidienne ; les peluches déplacent le regard vers une autre sensibilité.
C’est cette silhouette qui nous retient particulièrement. Nous y voyons une place donnée à la fantaisie dans le vestiaire masculin, avec un objet chargé de douceur posé au premier plan. À cette échelle, le vêtement devient une petite scène : on peut observer ses proportions, imaginer son mouvement et projeter une manière de le porter.
Les photographies du créateur dans son atelier donnent un autre relief à cette rencontre. Castelbajac apparaît dans son propre manteau de peluches, puis à sa table de dessin. Entre les silhouettes miniatures et ces images du geste, la collaboration garde un lien visible avec une pratique artistique.
Destinées à la collection, les deux poupées sont accompagnées d’un certificat d’authenticité. Leur statut fait passer le jouet vers l’objet que l’on expose et que l’on conserve. Pour SLG+, l’intérêt culturel se trouve dans ce passage : une forme familière transmet un fragment d’histoire de la mode. Sur les épaules de Barbie et Ken, les petits ours continuent de porter une idée à taille humaine.