Tilda Swinton et Olivier Saillard, le vêtement vivant

Le vêtement après le corps

Tilda Swinton et Olivier Saillard réinventent l’exposition de mode

Depuis quatorze ans, Tilda Swinton et Olivier Saillard imaginent des « expositions vivantes » à la frontière du théâtre, de l’installation et de la mode. Des œuvres silencieuses où le vêtement n’est plus seulement regardé : il se souvient, attend et recommence à vivre.

Un vêtement ne cesse pas d’exister lorsque le corps le quitte. Il en conserve le pli, la ligne d’une épaule, la mémoire d’un geste. C’est dans cet espace presque invisible que Tilda Swinton et Olivier Saillard construisent, depuis 2012, une œuvre commune aussi étrange qu’intime.

Tilda Swinton vêtue d’une robe sombre pendant une performance en noir et blanc autour du vêtement et du geste.

Ci-dessus, Embodying Pasolini, présenté pour la première fois en 2021, réunit des costumes issus des films du cinéaste. En regard, A Biographical Wardrobe (2025) dévoile la garde-robe personnelle de Tilda Swinton © ANDREAS SIMOPOULOS, RUEDIGER GLATZ

Leur première performance, The Impossible Wardrobe, présentée au Palais de Tokyo pendant la Fashion Week de Paris, faisait sortir plus de cinquante pièces des collections du Palais Galliera. Certaines étaient anonymes, d’autres chargées d’histoire. Swinton ne les portait pas véritablement : elle les tenait, les approchait de son corps, les laissait apparaître. L’archive devenait présence.

Réveiller les vêtements

Depuis, leurs projets refusent les codes habituels de l’exposition de mode. Pas de silhouette figée derrière une vitre. Pas de défilé, ni de désir de vendre. À travers le mouvement, le silence et parfois l’humour, ils cherchent ce que le vêtement raconte lorsque le spectacle de la mode s’efface.

Dans A Biographical Wardrobe, la garde-robe personnelle de Tilda Swinton devient une autobiographie fragmentée. Une robe d’enfance, le peignoir de son père, un sweatshirt partagé avec Derek Jarman : chaque pièce relie une personne, un moment et une absence. Les vêtements ne sont pas choisis pour leur valeur ou leur célébrité, mais parce qu’ils ont connu plusieurs vies.

Vue d’ensemble de la performance A Biographical Wardrobe, avec un portant de vêtements colorés installé sur une scène sombre.

A Biographical Wardrobe (2025) dévoile la garde-robe personnelle de Tilda Swinton © ANDREAS SIMOPOULOS, RUEDIGER GLATZ

Avec Silent Models, présenté en mars 2026 à la Fondation Cartier, Swinton engageait un dialogue muet avec les mannequins autrefois conçus pour montrer les vêtements. Face à ces corps artificiels, immobiles et pourtant supposés vivants, sa propre présence devenait presque irréelle. Une hésitation entre l’humain et son double, entre ce qui demeure et ce qui a déjà disparu.

Ce que le corps laisse derrière lui

En juin 2026, House of Gestures a prolongé cette recherche dans l’atrium du Guggenheim Bilbao. Sans texte, Swinton enfilait successivement différents vêtements et laissait chacun transformer sa posture, son rythme et son identité. Le geste suffisait à faire surgir des personnages, des lieux et des souvenirs dans un espace presque vide.

Tilda Swinton en robe blanche tend la main vers Olivier Saillard, leurs ombres projetées sur un fond clair.

Présentée pour la première fois au Guggenheim Bilbao en 2026, House of Gestures est une performance imaginée autour du mouvement et de la transformation © GABRIELE ROSATI

Cette même attention traverse Ongoing, l’exposition imaginée par Swinton autour de ses collaborations au long cours, présentée à Amsterdam puis à Athènes. Il ne s’agit pas d’une rétrospective, mais d’un ensemble encore en mouvement : une constellation d’amitiés, de films et de présences qui continuent de produire de nouvelles formes.

Ce que Swinton et Saillard réinventent n’est donc pas seulement l’exposition de mode. C’est notre manière de regarder les vêtements. Non plus comme des objets de désir, des signes de statut ou les témoins immobiles d’une époque, mais comme des archives intimes.

Olivier Saillard pose un vêtement sombre sur les épaules de Tilda Swinton pendant House of Gestures.

Présentée pour la première fois au Guggenheim Bilbao en 2026, House of Gestures est une performance imaginée autour du mouvement et de la transformation © GABRIELE ROSATI

Après le corps, le vêtement ne devient pas vide. Il garde une place pour l’histoire. Et, entre leurs mains, l’exposition devient cette scène singulière où l’absence apprend encore à bouger.

Salut les Garçons

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