Virgil est ce type de garçon chez qui le temps semble suspendu. Comme si tout s’était arrêté juste avant qu’un mot ne soit prononcé.
Le corps est nu, mais ce n’est pas la nudité qui frappe. C’est l’abandon. Une manière de se tenir à la frontière entre présence et disparition. Les gestes sont lents, presque cérémoniels : une main effleure le visage, une autre se referme sur le genou, les paupières se ferment comme dans une prière silencieuse. Franck Laguilliez ne photographie pas un modèle. Il photographie un moment de bascule, ce point fragile où le corps cesse d’être une posture pour devenir un langage.

Dans cette série en noir et blanc, la lumière ne décrit pas : elle révèle. Elle glisse sur la peau comme une mémoire ancienne, sculpte les volumes, dessine des zones d’ombre où quelque chose demeure volontairement inexprimé.
Les longs cheveux du modèle tombent comme une cascade, brouillant les repères du genre, suspendant toute définition trop rapide. Ce corps devient une figure presque mythologique, à la fois fragile et souveraine, masculine et androgyne, terrestre et spirituelle. Chaque image semble naître d’un silence.

On pense aux études classiques, aux figures religieuses, aux tableaux où le corps humain devient territoire d’émotion et de contemplation. Mais ici, rien n’est théâtral. Tout est retenu. Comme si la photographie attendait simplement que quelque chose advienne. Le regard se perd dans les gestes, dans la respiration visible du modèle, dans ces moments où les yeux se ferment et où le visage semble glisser vers un ailleurs. Un moment fragile où le corps cesse d’être regardé pour commencer à se raconter.

Franck Laguilliez Arrondeau explore la photographie comme une rencontre intime. À travers le portrait et le noir et blanc, il cherche ce moment fragile où le visage se révèle. Après la publication de Raconte-moi ton lit (2011), il revient aujourd’hui à l’image avec un regard toujours guidé par la même exigence : révéler l’essentiel.
