Pour l’été 2026, Vilebrequin et 3.Paradis signent une capsule qui ne parle pas seulement de plage, de maillot ou de vacances. Elle parle d’un désir plus profond : celui de quitter, même provisoirement, le monde tel qu’il nous assigne une place.

Présentée pour la première fois en juin dernier à Paris, lors du défilé 3.Paradis pendant la Fashion Week, la collection arrive ce mois-ci en boutique dans le monde entier. Sur le papier, la rencontre semble évidente : d’un côté, l’héritage balnéaire de Vilebrequin, maison associée à l’élégance solaire de Saint-Tropez ; de l’autre, le langage poétique, symbolique et légèrement surréaliste de 3.Paradis. Mais l’intérêt de cette capsule se joue ailleurs : dans sa manière de considérer le luxe non comme un produit, mais comme une possibilité mentale.

Car ici, le paradis n’est pas un décor parfait. Il n’est pas une promesse touristique ni une carte postale lisse. Il devient une réponse à la réalité. Une tentative de la déformer, de l’adoucir, de la rendre à nouveau respirable. Les imprimés de la collection comme les paysages tropicaux stylisés, ciels lumineux, colombes en vol et souvenirs de vacances rêvées composent une forme d’arcadie contemporaine. Un été qui ne serait pas seulement une saison, mais un refuge intérieur.

Au cœur du récit apparaît une figure presque cinématographique : l’homme d’affaires urbain, structuré, socialement codé, habitué aux horaires, aux rendez-vous, aux costumes invisibles de la performance. Dans l’univers Vilebrequin x 3.Paradis, cet homme est déplacé. Il arrive au bord de l’eau avec les réflexes de la ville, puis quelque chose se défait. Le col s’ouvre. Le corps ralentit. La rigidité devient jeu. Le sérieux se laisse contaminer par l’hédonisme.

C’est cette tension qui rend la capsule intéressante. Elle ne célèbre pas seulement l’évasion, elle met en scène le moment où l’homme accepte de ne plus être entièrement utile, productif, identifiable. Le businessman devient vacancier malgré lui. Ou peut-être retrouve-t-il, sous la structure sociale, une forme plus libre de lui-même.
La collection se compose de sept pièces : quatre maillots de bain, une serviette de plage, un bob et une chemise. Parmi elles, les Eden Swimshorts concentrent l’esprit du projet en transformant la côte sud de la France en paysage surréaliste. Saint-Tropez n’est plus seulement une destination ; il devient un état flottant, un territoire mental, une scène où la réalité peut enfin se plier au rêve.

Dans l’esprit de SLG+, cette collaboration raconte quelque chose de très juste sur l’été contemporain. Nous ne cherchons plus seulement à partir. Nous cherchons à nous désidentifier. À devenir moins lisibles, moins performants, moins attachés aux rôles que la ville nous impose. La plage, ici, n’est pas un simple lieu de détente. Elle devient un espace de métamorphose.
Vilebrequin apporte la mémoire du soleil, du corps libre, du vêtement pensé pour l’eau, le sel, la peau. 3.Paradis y ajoute une dimension presque spirituelle : la colombe, le rêve, le paysage impossible, la douceur comme résistance. Ensemble, les deux maisons ne fabriquent pas seulement une capsule estivale. Elles proposent une fiction portable : celle d’un homme qui, face à l’incertitude du moment, choisit de répondre par l’imaginaire.

Le luxe, alors, n’est plus dans la démonstration. Il est dans la capacité à se rendre disponible à autre chose. Un ciel trop bleu. Une serviette posée sur le sable. Un maillot comme une carte postale échappée d’un rêve. Un homme qui oublie, pour quelques heures, ce qu’il était censé représenter.
Avec Vilebrequin x 3.Paradis, le paradis n’est pas un lieu à atteindre.
C’est une manière de se défaire.
Une parenthèse.
Un état d’esprit.
