Balenciaga Homme : la vision apaisée de Pierpaolo Piccioli
Il arrive avec la légèreté d’une brise froide qui sent le cachemire bien élevé et le vestiaire qui respire mieux que nous un lundi matin : l’homme Balenciaga signé Pierpaolo Piccioli fait son entrée. Et quelle entrée. L’Italien, fraîchement couronné à la tête de la maison en mai 2025, dévoile un lookbook imaginé comme un souffle nouveau, photographié avec la justesse calme de Robin Galiegue où l’allure Balenciaga se déploie dans une sérénité inattendue, presque chuchotée.
Ici, l’homme bouge. Littéralement. Pierpaolo Piccioli insiste : les vêtements sont techniques, pensés pour suivre le corps dans ses échappées belles de la salle de sport au trottoir parisien où l’on marche vite juste pour avoir l’air important. Les silhouettes sont souples, généreuses, souvent très larges, parfois très moulantes (ces leggings… oui, vous allez en parler). Le sportswear revient en prince discret mais souverain, sans jamais céder au cliché du streetwear essoufflé que certains enterrent un peu trop vite.

Les costumes s’agrandissent, les manteaux prennent leurs distances sociales en format XXL, les pantalons larges dévorent l’espace. Tout est hybride, tout est fluide, tout respire. Et même si Piccioli n’a pas encore ressorti les grands orgues coloriels façon Pink PP, quelques touches moutarde, camel, nuances de brume qui viennent donner du relief à cette partition d’hiver.

On croise des capes en cachemire qui feraient presque pleurer un collectionneur japonais, des blousons à col XXL qui ont décidé d’être iconiques avant même qu’on leur pose la question, et, cerise sur le glaçage, deux collaborations qui feront vibrer les collectionneurs : la NBA pour l’énergie, Manolo Blahnik pour l’élégance impérieuse du soulier obsédé par la ligne.

Comme toujours chez Piccioli, l’archive n’est pas un musée poussiéreux mais un terrain de jeu. Le manteau camel carré, celui que Cristóbal Balenciaga avait taillé pour lui-même, revient en maître silencieux. Le haut chapeau façon casque d’équitation de l’ère Ghesquière revient également, muté en casquette futuriste, plus insolente que nostalgique.

Et puis il y a ce casting. Fini la mythologie Demna, ses divas intemporelles et ses icônes de théâtre. L’ère Piccioli est peuplée d’acteurs, musiciens et visages d’aujourd’hui, Benjamin Voisin, Eliot Sumner, Juyeon ou Keith Powers, attrapés dans des morceaux de quotidien : la rue, le métro, un salon, un moment neutre qui raconte pourtant tout.

Balenciaga, version Pierpaolo, se veut plus tendre, plus humain, moins mordant, moins carnassier. Une maison qui sourit à moitié mais sincèrement. Une allure qui respire, qui bouge, qui embrasse le monde sans l’attaquer. Et peut-être, le plus étonnant : une vision qui réconcilie le geste couture avec le geste sportif, comme si l’héritage de Cristóbal avait simplement appris à courir, avec style.










© Robin Galiegue/Balenciaga






