DOUBLET : Quand la mode flirte avec l’absurde et le génie
Doublet ne fait pas dans la demi-mesure, et son défilé A/W 25 l’a une nouvelle fois prouvé. La mode peut être absurde, chaotique et toujours incroyablement cool.

Intitulée « Villain », cette collection explore l’idée des défauts perçus et des marginaux de la société, transformant les imperfections en quelque chose d’étrangement désirable. La marque japonaise, fondée par Masayuki Ino, repose sur une devise simple mais puissante : créer des vêtements qui suscitent la conversation.

Le 26 janvier, la Faculté de Pharmacie a offert un écrin à la fois inattendu et saisissant au défilé A/H 25 de Doublet. L’architecture néoclassique grandiose du lieu, avec ses colonnes corinthiennes et ses vitraux, contrastait avec l’esprit rebelle de la marque, créant une atmosphère presque ironique. Les fresques représentant des figures médicales historiques qui ornent les murs ajoutaient un contraste saisissant au chaos ludique qui régnait en contrebas.

La musique, quant à elle, était à l’image de ce défilé : un paysage sonore infernal et chaotique, évoquant un rêve fiévreux. Des strates de rythmes distordus, des instrumentaux obsédants et des changements de tempo imprévisibles s’entrechoquaient, créant une tension presque claustrophobique qui poussait le défilé vers une surcharge sensorielle et amplifiait la folie qui se déroulait sur le podium.


La tradition rencontrait l’anarchie dans un cadre qui ressemblait moins à un défilé de mode conventionnel qu’à un espace momentanément détourné par la vision anticonformiste de Doublet.

Une chose est claire : Doublet n’hésite pas à jouer avec la couleur. Malgré la profusion de teintes audacieuses, le spectacle conservait une atmosphère sombre, enveloppée de noir, ce qui rendait les éclats de couleurs d’autant plus frappants. Chaque pièce dégageait une sensation d’amusement perturbateur et d’énergie diabolique, avec un côté inquiétant qui la rendait d’autant plus intrigante.

Les accessoires, à eux seuls, racontaient une histoire : un serpent enroulé autour du cou d’un mannequin, un sac à main en forme de billet de banque qui se moquait du luxe, et des chaussures si exagérées qu’elles semblaient tout droit sorties d’une bande dessinée surréaliste.

Les mannequins, loin des canons de beauté conventionnels, étaient forts, atypiques, parfois même dérangeants. Leur présence était un véritable défi, bousculant les attentes en matière d’uniformité. Venait ensuite le mélange de fantaisie enfantine et de rébellion espiègle : des imprimés qui auraient pu être tirés d’un livre pour enfants côtoyaient des silhouettes qui n’avaient rien de naïf.

La coiffure et le maquillage, en accord avec ce contraste, étaient désordonnés, déstructurés, presque négligés, brouillant davantage la frontière entre rêve et réalité.

La mode se prend souvent trop au sérieux, mais Doublet prouve que l’humour et l’ironie ont leur place sur les podiums, au même titre qu’un savoir-faire méticuleux. Cette saison, Masayuki Ino n’a pas seulement présenté une collection, il a mis en scène un spectacle ludique, teinté d’un soupçon de quelque chose de presque troublant.

Dans l’univers de « Villain », la mode n’est pas une question de perfection : il s’agit d’embrasser ce qui est magnifiquement tordu. Et c’est là tout le génie de Doublet : transformer le chaos en une mode inoubliable.






