Chez Siegenthaler, Memento Mori n’est pas un rappel tragique. C’est un principe actif.
Pour l’Automne-Hiver 2026, Duc Siegenthaler transforme cette formule latine en proposition contemporaine : accepter l’impermanence comme espace de liberté.
La collection ne dramatise pas le temps qui passe. Elle interroge plutôt notre manière d’habiter l’instant. Pourquoi différer ce qui peut être vécu maintenant ? Pourquoi figer le vêtement dans une seule fonction, une seule identité ? Ici, le vêtement devient territoire mouvant.

Après les explorations plus performatives des saisons précédentes, cette collection marque un tournant vers une forme d’introspection. Le spectaculaire s’efface au profit d’une réflexion plus intérieure. La modularité, ADN fondateur de la marque, trouve une expression plus intime. Les pièces ne se contentent pas d’être portées : elles évoluent, se réajustent, se recomposent.

Une chemise oversize à rayures se transforme en robe courte. Une jupe fluide se module par un jeu de cordons.
Un manteau change d’allure grâce à un système de boutonnage. Rien n’est figé. Tout peut basculer.

Cette approche ne relève pas du gadget mais d’une philosophie : proposer un vestiaire capable d’accompagner les métamorphoses contemporaines. Le vêtement devient une seconde peau modulable, une architecture souple pensée pour des identités en mouvement.

La palette chromatique comme le vert sauge, le beige taupe, le gris perle, le blanc cassé ou le noir profond, installe une tension calme. Les matières, elles, racontent un dialogue précis entre structure et fluidité : prince-de-galles, pinstripes, laine bicolore, velours côtelé, mailles fines. Des textiles nobles, travaillés sans ostentation.

On retrouve dans cette saison la signature de Duc Siegenthaler : une circulation fluide entre les genres, les corps et les usages. Un même vêtement peut appartenir à plusieurs récits. La modularité devient ici une réponse élégante à la surconsommation : multiplier les possibilités sans multiplier les pièces.

Né en Asie, d’origine sino-vietnamienne, adopté par une famille suisse, installé à Paris, le créateur porte en lui cette culture du déplacement et de l’adaptation. Sa vision du vêtement comme « identité modulante » n’est pas un concept abstrait : elle est biographique.

Avec Memento Mori, Siegenthaler ne parle pas de finitude. Il parle de transformation. Une collection silencieuse mais déterminée. Une mode qui ne cherche pas l’effet, mais l’équilibre. Une beauté qui ne se fait jamais au détriment de l’éthique.

