SSSTEIN, la poésie d’un fil, le silence d’un cri

SSSTEIN, la poésie d’un fil, le silence d’un cri pourrait résumer l’état d’esprit d’une marque qui préfère murmurer plutôt que briller à tout prix. Pour sa collection printemps-été 2026, Kiichiro Asakawa continue de creuser un sillon intime, textile, sensoriel, un sillon où chaque couture a l’élégance du non-dit

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Chez SSSTEIN, tout commence toujours par une émotion. Cette fois, c’est une image de Corinne Day, une pile de tricots froissés inondés de lumière. Pas de moodboards, pas de photos punaisées au mur, juste une sensation qu’on traduit en tissu, une émotion capturée par les mains. C’est peut-être pour ça qu’on sent autant la peau derrière chaque pièce. Asakawa ne cherche pas à illustrer, il cherche à évoquer.

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Les couleurs s’effacent presque, mais c’est là qu’elles deviennent puissantes. Du noir, du gris, du brun, du taupe, oui, mais chacun avec une profondeur propre, une voix basse. Il mélange le coton et la rayonne pour créer une iridescence fragile, joue sur les contrastes entre chaîne et trame, ajoute deux pigments différents à une même matière, l’un vaporisé, l’autre frotté à la main. Le cuir lui-même n’est pas épargné, huilé jusqu’à devenir brun, vivant, presque organique.

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Et puis, il y a les demi-teintes, les douces, les insaisissables. Bleu poudre, menthe pâle, jaune beurre, comme des souvenirs d’enfance. Des tricots aussi fins que de la gaze. Et ce rouge coquelicot, vif et précis, travaillé encore et encore pour qu’il dise juste ce qu’il faut, pas plus.

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Côté formes, on retrouve l’élégance silencieuse de SSSTEIN, ses coupes signées sans jamais être voyantes. Des manteaux « docking » aux allures d’objets hybrides, des vestes de vol repensées pour suivre deux tailles, des blazers aux épaules subtilement arrondies, des pantalons à jambes arquées ou ourlets vrillés. On croit reconnaître des codes militaires, utilitaires, mais tout est filtré par une main délicate, presque pudique. Rien n’est laissé au hasard, même le flottement.

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Et pour toutes celles et ceux qui réclamaient leur place dans ce vestiaire feutré, les tailles XS arrivent, comme une évidence.

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Dans l’atelier d’Asakawa, pas de bruit, pas de grand spectacle. Juste du travail lent, du regard posé, du tissu que l’on touche pour comprendre. Les inspirations sont là, en creux, dans l’ombre. Mark Borthwick, Anders Edström, la photographie qui capte plutôt qu’elle ne compose. Le vêtement devient alors un écho, une présence discrète, mais tenace.

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Depuis 2016, SSSTEIN trace une ligne claire, presque invisible, mais pleine de force. De son passé chez Naichichi à son deuxième défilé à Paris cette saison, Asakawa n’a jamais levé la voix. Et pourtant, tout le monde l’écoute. Ses vêtements ne s’imposent pas, ils restent. Comme une chanson qu’on fredonne sans s’en rendre compte. Comme un silence qui rassure.

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SSSTEIN, la poésie d’un fil, le silence d’un cri. Rien de plus. Rien de moins.

Crédits : SSSTEIN

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