Walter Van Beirendonck FW26/27 — SCARE The CROW
Walter Van Beirendonck ne fait jamais semblant. Cette saison encore, il ne défile pas : il raconte. Avec sa nouvelle collection SCARE the CROW / SCARECROW, le créateur belge revient à ce qui l’a toujours animé, cette position d’outsider revendiqué, ce point de vue à la marge qui, paradoxalement, éclaire le centre.


“I have always felt like an outsider in this industry”, confie-t-il. Ce statut n’est pas un retrait. C’est une fenêtre différente. Une permission de regarder autrement, de ressentir autrement, d’oser autrement.

Pour l’Automne-Hiver 26/27, Walter Van Beirendonck replonge dans son amour profond pour l’Art Brut et l’Outsider Art, et particulièrement dans l’œuvre d’André Robillard, qui fabriquait des fusils de bric et de broc-bois, scotch, objets trouvés. Une manière brute, enfantine, urgente, de transformer l’existence en objets.

Un geste avant le regard des autres. Avant l’autocensure. Avant que le monde ne vienne corriger la spontanéité. Cette énergie brute irrigue toute la collection. Agression vs tendresse : le vocabulaire de la contradiction.

Chez Walter Van Beirendonck, les contradictions ne s’annulent pas : elles cohabitent. Les armes en plastique sont mêlées de fleurs, des oiseaux 3D se posent sur des épaules, des volumes modulables s’ouvrent ou se retirent comme des jouets sérieux.

Tout peut être recomposé : les éléments se clippent, se déplacent, changent de rôle. C’est une mode qui ne s’impose pas : elle invite à jouer. À s’exprimer. À se réinventer.

Les références aux war carpets deviennent des tricots qui gardent la mémoire. Le scotch devient matière, trace, couture. Les covers, ces draps posés pour protéger sculptures et meubles, deviennent des vêtements qui enveloppent et révèlent à la fois, presque des talismans.

Sous les drapés techniques et les wools britanniques, une idée domine : cette collection parle des jeunes avant que la société ne les renomme, ne les corrige, ne les récupère.

“HI THERE, ARE YOU FR?” demandent certains t-shirts. Une manière d’appeler, d’interpeller, de refuser la disqualification générale des nouvelles générations.

Car pour Walter Van Beirendonck, la jeunesse, la vraie, n’est pas un âge. C’est une posture. Une intensité. Une puissance fragile mais indestructible.

Le titre résonne comme une métaphore : le scarecrow, silhouette bricolée, figure bancale, assemblée d’objets trouvés qui tente vaguement de ressembler à un humain. Une icône de marginalité. Une figure de résistance. Un repère dans un champ abandonné.

Walter Van Beirendonck en fait les totems de 2026, les silhouettes hybrides d’une jeunesse qui refuse de se laisser définir. Des silhouettes qui tiennent debout non pas malgré leur différence, mais par elle.

Puk Puk revient, clin d’œil pour les fidèles. Le message est clair : on continue. On résiste. On avance. Une collection comme un cri doux, comme un bégaiement poétique. Une collection qui protège les jeunes, et ceux qui s’y reconnaissent encore avant qu’on ne les perde sans même leur donner de nom.













