L’Étranger, d’Albert Camus, revu à travers la caméra de François Ozon, avec Benjamin Voisin dans le rôle de Meursault. Sans doute l’un des films français les plus ambitieux à venir.
“Créer, c’est vivre deux fois”, écrivait Albert Camus.
La formule résonne avec cette nouvelle adaptation cinématographique, presque 60 ans après celle – austère – de Luchino Visconti. Cette fois, c’est Ozon qui s’y colle. L’enfant terrible du cinéma français, connu pour son goût du vertige, de la transgression douce et des genres qui glissent, s’attaque à un monstre de la littérature francophone.

Le projet est ambitieux. Car L’Étranger, ce n’est pas seulement un roman culte (traduit en plus de 75 langues, deuxième plus gros succès de Gallimard après Le Petit Prince), c’est une pierre fondatrice : celle du cycle de l’absurde, amorcé en 1942 par un Camus de 29 ans, exilé en métropole alors que l’Europe vacille. Un homme seul, étranger au monde et à lui-même, qui refuse de feindre les émotions attendues. Un soleil aveuglant, un meurtre sur une plage, un procès qui sent le jugement moral déguisé… et cette phrase d’ouverture devenue mythique :
“Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas.”

Après Été 85 et Quand vient l’automne, François Ozon renoue avec Benjamin Voisin. Le jeune acteur, remarqué pour sa mélancolie solaire, incarne ici Meursault, l’homme en retrait. À ses côtés, Rebecca Marder sera Marie, l’amante douce et naïve, et Swann Arlaud prêtera ses regards troubles à l’un des seconds rôles clés. Denis Lavant et Pierre Lottin complètent la distribution. Tourné entre Casablanca et les environs de l’Atlas, le film promet un contraste éclatant entre lumière crue et opacité morale.
François Ozon n’en est pas à son premier détournement d’un texte culte : 8 Femmes, Peter von Kant, Grâce à Dieu, Tout s’est bien passé… Sa caméra aime les adaptations mais jamais les trahisons franches. Il joue avec, les déforme tendrement, les charge d’ambiguïté. Alors comment retranscrire l’indifférence glacée de Meursault ? Comment filmer le vide intérieur sans tomber dans l’esthétisme creux ?
Une chose est sûre : ce nouveau Étranger ne cherchera pas à tout expliquer. Il cherchera à déranger. À désaxer. À laisser le spectateur au bord du sable brûlant, incapable de juger vraiment.
L’Étranger de François Ozon, avec Benjamin Voisin, Rebecca Marder et Swann Arlaud.
Sortie prévue le 29 octobre 2025
© Carole Bethuel | Gaumont
