UJOH FW26 s’est présenté mardi au Palais de Tokyo, avec une collection intitulée Antithesis. Un mot qui ne signifie pas rupture mais questionnement : une manière d’interroger les fondations du vêtement pour mieux les transformer.

Fondée en 2009 par les anciens modélistes Mitsuru Nishizaki et ACO, la marque japonaise s’est construite autour d’une réflexion précise sur la relation entre le corps et le vêtement. Le tailoring reste au centre de cette recherche, mais jamais comme une structure rigide : chez UJOH, les coupes se déplacent, les volumes se décalent, les asymétries ouvrent de nouvelles manières d’habiter la silhouette.

Pour l’automne-hiver 2026, cette approche se radicalise subtilement. Les lignes deviennent plus nettes tandis que les volumes s’assouplissent, créant une tension presque instinctive entre structure et liberté. Le minimalisme signature de la maison se charge d’une énergie inattendue, nourrie par l’imaginaire grunge et l’esthétique rock des années 1990. Une élégance qui accepte le désordre comme composante du style.

La matière reste le point de départ. Certaines étoffes de la collection ont été tissées au Japon sur une machine Schöherr des années 1960, fonctionnant cinq fois plus lentement que les métiers modernes. Cette lenteur volontaire redonne au textile une densité particulière : nylons techniques, surfaces translucides et textures inattendues apparaissent comme autant de résistances discrètes à la logique d’accélération de l’industrie.



Les associations brouillent volontairement les repères. Un blouson aviateur mélange faux daim et fausse fourrure, la dentelle surgit dans des silhouettes masculines, tandis que les zips traversent les lignes comme des fractures graphiques. La palette reste sombre — noir, chocolat, bois de rose — ponctuée de vert fougère et de figue sombre. Des tons « sharkskin » en blanc et beige viennent éclairer l’ensemble, tandis que les carreaux évoquent subtilement l’univers grunge.

Même la mise en scène du défilé refuse la narration classique. Plutôt qu’un défilé linéaire, les pièces apparaissent dans un ordre libre, comme si le vestiaire se dévoilait par fragments. Une invitation à regarder chaque silhouette comme une proposition autonome plutôt qu’un chapitre d’une histoire imposée.

Au cœur de la saison, une collaboration renforce cette dimension expérimentale : UJOH signe les costumes de scène du duo japonais Dreams Come True pour leur tournée. Certaines pièces de la collection en portent directement la trace, brouillant la frontière entre scène, vêtement et performance.

Avec Antithesis, UJOH propose finalement une idée simple mais essentielle : la modernité ne consiste pas toujours à inventer quelque chose de nouveau, mais parfois à comprendre parfaitement les règles pour choisir, consciemment, de les contredire.

